| Nicolas Bacri In modo infinito op 33 n°4 1988-90/94 Cinq Méditations pour orchestre et chur (Éditions Durand) Commande de musique nouvelle en liberté pour l'Orchestre National de Lille Dies iræ : Minaccioso attacca : Lux æterna : Largo meditativo attacca : De profundis : Largo estatico attacca : Requiem æternam : Dialogo attacca : In paradisum : Corale À la fin de l'automne 1988 je me mis à travailler sur ma Troisième symphonie. Deux ans plus tard je me trouvais devant le résultat d'un premier travail prenant la forme de Six méditations dont deux entretenaient un rapport avec la liturgie chrétienne ; la première, basée sur un thème grégorien bien connu (le Dies iræ) et l'avant-dernière, faisant intervenir un chur à deux voix égales (enfants ou sopranos) chantant une mélodie d'esprit grégorien sur les paroles : Requiem æternam, Dona eis requiem. J'avais achevé depuis peu une uvre purement instrumentale que j'avais choisi d'intituler Requiem (op 23, 1987-88) en raison de son caractère funèbre et désolé et c'est sans doute le besoin d'aller plus loin dans cette démarche qui me fit chercher, après coup, d'autres titres correspondant à diverses parties de la Messe des morts chrétienne pour les quatre autres méditations. Du coup le titre général de Troisième Symphonie ne me sembla plus suffisant pour exprimer avec un minimum de mots un maximum d'informations sur l'uvre (ce qui m'a toujours paru être la vocation essentielle d'un titre) et je me mis à penser tellement fort à un titre nouveau qu'il me vint en rêve : In modo infinito. In modo infinito qui, en italien, signifie : De manière infinie, exprime mieux qu'aucun commentaire la nature essentiellement contemplative de cette musique et je décidais donc d'intituler l'uvre Sinfonia in modo infinito. De 1992 à 1994, à la faveur d'un séjour de deux ans à la casa de Velázquez (1991-93), je composais Fils d'Abraham, un cycle de Trois cantates à la gloire d'Abraham sur des textes d'auteurs israélites, chrétiens et musulmans ayant vécu sur la péninsule ibérique entre le VIIIème et le XVème siècle qui non seulement étaient écrites sur le même matériau musical que In modo infinito mais reprenaient, pour deux d'entre elles, une méditation extraite de In modo infinito (Lux æterna et In paradisum). Pourquoi me suis-je senti irrésistiblement poussé à continuer mon travail sur le matériau utilisé dans In modo infinito ? Sans doute parce que je sentais obscurément que l'uvre n'était pas vraiment achevée et en effet, à peine terminé mon cycle de cantates je remettais In modo infinito sur le métier pour supprimer impitoyablement une des six méditations et réécrire entièrement la première (sur le Dies iræ). Bientôt je m'aperçus que In modo infinito et les trois cantates pouvaient s'imbriquer d'une façon très naturelle pour former un tout que j'ai intitulé Sinfonia da requiem (Symphonie n°3) non seulement en raison de la présence de titres de la Messe des morts chrétienne, mais du sujet de deux des trois cantates qui traite de la vanité des choses de ce monde et de l'inéluctabilité de la mort. Sinfonia In modo infinito devint donc une partie de cette grande symphonie de plus d'une heure et c'est tout naturellement que je fis disparaître le mot Sinfonia du titre. Nicolas Bacri janvier 1995 | textes |