Nicolas Bacri



Esquisses pour un tombeau
op18
(1985 - 88 /rév.89)
(Quatuor à cordes n° 3).
(Éditions DURAND)

Stèle - Déploration - Méditation



À l'origine, cette composition avait été conçue comme une réponse au Quatuor à cordes de Frédérick Martin Le Tombeau de Chostakovitch, qui m'est dédié ; une première version en fut écrite à Rome entre le 3 février et le 24 mars 1985, portant, comme il se devait, le titre de : Le Tombeau d'Alexandre Zemlinsky.
Malgré l'admiration que je porte encore aujourd'hui à la majeure partie de l'œuvre de Zemlinsky (et particulièrement à son 2ème Quatuor), ce sous-titre m'a rapidement paru non pas excessif mais quelque peu déplacé. En effet, pas plus que celle de beaucoup de compositeurs que j'admire, la musique de Zemlinsky — de même que l'époque et le climat évoqués si puissamment par la musique de ce compositeur viennois — n'est pour moi un repère aussi fort, que le furent Rameau et Couperin pour Debussy et Ravel, par exemple. (On sait d'ailleurs que c'est à une époque et à un esprit musical que Debussy et Ravel ont rendu hommage, plus qu'à un compositeur en particulier).
Je changeais donc le titre peu après la première audition, devenant plus allusif avec : "Esquisses pour un Tombeau".
Après cette première audition, extrêmement insatisfait de cette composition, je décidais de retravailler entièrement l'ouvrage qui finalement était encore en gestation et d'en rendre l'exécution possible par un orchestre à cordes. Ainsi la partition presque définitive devait naître en deux fois : à la fin de l'hiver 1985, à Rome, et trois ans plus tard, à Paris.
Presque définitive car, comme c'est souvent le cas lors de remaniements profonds, certains éléments demeurent dans un contexte où ils n'ont plus leur place ; c'est cette version qui fut donnée le 7 mars 1989 par l'Ensemble Orchestral de Paris dirigé par Michel Swierczewski, version présentant une Introduction (Prélude) supprimée par la suite et ne possédant pas encore la conclusion qui accuse le caractère fortement méditatif de l'œuvre.
La version définitive, quant à elle, fut enregistrée pour Radio-France par l'Orchestre National de Chambre de Toulouse sous ma direction le 12 Juin 1989 puis, exécutée pour la première fois en public par l'Orchestre d'Auvergne sous la direction de Louis Langrée (CNR de Nantes) le 10 Février 1992, puis une semaine plus tard par l'Ensemble Orchestral de Paris sous la direction de Richard Hickox (Salle Gaveau, à Paris).
Ce n'est que le 25 Février 1992 que le Quatuor Arpeggione en donnera pour la première fois la version pour quatuor à cordes (Amphithéâtre Richelieu, Sorbonne) avant de la présenter au public espagnol lors d'un concert radiodiffusé à Madrid un mois plus tard et d'en faire l'une des pièces les plus jouées de son répertoire.
Esquisses pour un Tombeau est bien sûr dédié à Frédérick Martin et est également (et toujours) dédié à la mémoire d'Alexandre Zemlinsky.
Durant l'ultime révision de l'œuvre il m'a semblé que la célèbre phrase de Prospero dans la Tempête de W. Shakespeare (qui figure désormais en exergue sur la partition) guiderait l'auditeur mieux qu'aucun autre commentaire : " Nous sommes faits de la même étoffe que les songes, et notre petite vie, un somme la parachève ".



Nicolas BACRI
juin/août 1992

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