| Nicolas Bacri Notturni op 14 (1985-86) (Concerto da camera quasi una sinfonia piccola) pour sept instrumentistes et soprano (éditions DURAND) Commencée à Rome durant les derniers mois de mon séjour à la Villa Médicis et achevée à Paris au cours de l'hiver 1986, cette uvre (Commande du Ministère de la Culture) est dédiée à Aldo Brizzi et Paul Méfano. Elle fut exécutée pour la première fois par Evelyne Razymovsky et l'ensemble 2E2M sous la direction de Paul Méfano le 25 mai 1988 au Centre Georges Pompidou à Paris et fut reprise par les ensembles Antidogma musica à Turin, Asko à Paris et Sine qua non à Madrid. Notturni est ma dernière uvre se situant aussi clairement dans la descendance de l'école de Vienne et de ses successeurs, et suit de peu l'achèvement de ma Première Symphonie que je considère comme le point culminant de cette période. Notturni s'apparente d'ailleurs, par son langage contrapuntique dense et parfois convulsif à cette Symphonie, mais fut également perméable à l'influence de mon troisième quatuor à cordes (Esquisses pour un Tombeau) dont la rédaction de la première version lui était quasiment contemporaine. Ce quatuor étant, au contraire de la symphonie, plus caractéristique d'une tendance consistant à élargir les horizons esthétiques de la pensée sérielle au moyen d'un travail portant sur une certaine élaboration de la matière sonore en tant que telle, ces deux pôles d'influences esthétiques différents convergent d'une façon assez claire dans Notturni et lui confèrent , outre qu'elle se trouve être ma seule pièce vocale à ce jour, une place particulière dans ma production. Notturni est le titre du recueil de Enzio Cetrangolo (éditions Vanni Scheiwiller) d'où sont tirés les deux poèmes (Dafné et Dedica) chantés par le soprano. Dedica aurait pu s'intituler "La mort d'Apollon". En effet, la Mythologie grecque nous enseigne qu'Apollon voulu séduire Dafné, et face à son refus la transforma en fleur. Dans ce poème le voici à son tour figé mais sous la forme d'une statue mise de côté, abandonnée. Les deux poèmes traitent, d'une part d'une beauté placée sous le signe d'un vif déploiement d'énergie, du mouvement et de l'élan vital (Dafné), et d'autre part, d'une beauté figée que l'on ne prend même plus la peine de contempler (Dedica ou "la mort d'Apollon"). Le sous -titre de l'uvre nous éclaire sur sa forme musicale. "Concerto da camera", parce que tour à tour, un des sept instrumentistes sera l'objet d'un éclairage plus intense et "Sinfonia piccola" parce que deux types de musique (qui rappellent l'opposition thématique de la forme sonate) vont alterner : l'une, mouvementée, évoluant dans des proportions décroissantes (Dafné), l'autre, statique, dans des proportions croissantes (Dedica). Les deux types de musique suivront cependant une trajectoire psychologique semblable allant, s'agissant de la musique mouvementée vers une mécanisation et pour la musique statique, vers une sorte de décomposition sonore . Nicolas BACRI Avril /août 1992 | textes |