Nicolas Bacri



Sonate
op 40 — 1993-94

pour violon et piano
Commande de Radio France

Introduzione e Sonata : Con moto - Allegro pesante in modo brutale — attacca : Ostinato e Variazioni : Largo inesorabile - Cadenza - Largo inesorabile - attacca : Tema (Estatico) - Var. I (Calmo) - Var. II (Scorrevole) - Var. III (Dolce) - Var. IV (Cantabile) - Var. V (Lamentoso) - Epilogo (Misterioso e poco a poco tragico)

In memoriam Serge Prokofiev

Dédiée à Olivier Charlier et Émile Naoumoff

Première audition, "Les nouveaux interprètes", Salle Gaveau, Paris, 19 février 1995, par Olivier Charlier et Émile Naoumoff



"Commencée à Valencia et achevée l'année suivante à La Prée, cette Sonate fut composée à partir de son centre, un Ostinato pesant confié à un piano indifférent sur lequel le violon comme cherchant en vain à communiquer avec son partenaire brode une mélodie infinie et triste. Avec le recul il me semble que la naissance de cette idée musicale coïncide avec le sentiment de frustration et de tristesse ressenti à l'annonce de la disparition d'un ami récemment retiré aux îles Canaries et à qui, du fait de nôtre rapprochement géographique momentané, j'avais promis de rendre visite. "
C'est à la mémoire de Serge Prokofiev que l'œuvre est, en partie, dédiée. Cette résolution ne sera prise par le compositeur qu'après le rapprochement judicieux qu'Olivier Charlier suggéra en inscrivant la Sonate n°1 du compositeur russe au programme du concert où la Sonate de N. Bacri devait être créée. Cependant, chez N. Bacri, les hommages rendus à des compositeurs du passé à travers la mention "in memoriam" qui figure souvent à la fin d'un de ses manuscrits, ne sont " qu'une façon, d'ailleurs tout à fait illusoire, de rattacher [son] œuvre à un maillon admiré d'une tradition et ne constituent que rarement la reconnaissance d'une influence précise. "
D'un seul tenant, cette sonate aux sombres tonalités est d'architecture bipartite. D'une première section, Introduction et Sonate, où les deux instruments s'affirment également, on retiendra un climat d'emportement et de puissance presque brutale. La deuxième section, Ostinato et Variations, repose sur un dessin obsédant du piano, sur lequel le violon semble improviser librement. Né du prolongement et de la métamorphose de cet ostinato, un thème varié cinq fois, est énoncé tel un choral au piano seul. Le rappel littéral du "motif générateur" entendu au tout début de l'œuvre nous fait entrer dans l'Epilogue et l'œuvre s'achève dans la résignation. Nous sommes ici dans un climat de déploration proche de la deuxième symphonie.



Hélène Thiébault

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