Nicolas Bacri



Sonate
op 32 — 1990-92/rév. 94

pour violoncelle et piano
(éditions DURAND)

Preludio : Sognando (Lento) - Robusto — attacca : Scherzo : Presto tenebroso - Lamentoso - Presto tenebroso — Aria quasi recitativo : largo — attacca : Postludio : Cadenza e Epilogo sereno

Dédiée à Scott Kluksdahl et Florence Millet

Première audition (1ère version), Merkin Hall, New-York, 4 avril 1992 par Scott Kluksdahl et Florence Millet

Première audition de la version définitive, 21ème Festival des Arcs, Bourg St-Maurice, 5 août 1994 par Christophe Beau et Laurent Boukobza



Cette œuvre n'est pas sombre, elle est désespérée. Le compositeur aurait pu l'intituler Requiem tant on croit y entendre le Dies Irae qui pourtant n'est jamais énoncé, mais dont la sinistre substance semble être inscrite en filigrane dans le thème principal de la Sonate. A part le Scherzo, inutile d'attendre de cette œuvre les ingrédients d'une sonate classique. Sa forme est libre mais "économique". Un motif unique, obsédant, tourne sur lui même, excluant l'ouverture. Malgré deux accords parfaits majeurs lumineux, furtifs mais bien présents dans l'Aria, l'œuvre est fidèle à elle-même : après quelques explorations toujours sombres ou livides, elle s'achève après une improvisation du violoncelle seul et un épilogue (formant le Postludio), nous laissant sur un sentiment de déréliction presque serein qui annonce la spiritualité de la troisième symphonie, qui, elle, soit dit en passant, fait une utilisation très frappante du (véritable !) Dies Irae.
En retravaillant pour sa Sonate pour violoncelle et piano le thème qui fut à l'origine de Variations pour piano écrites vers l'âge de dix-sept ans (donc, avant son opus 1) N. Bacri était conscient de donner à cette œuvre le sens d'un retour aux sources.
Ce qui frappe dans ce thème de jeunesse c'est sa parenté subjective avec un thème qui ne lui ressemble objectivement pas : le Dies Irae. Or, ce thème vint sous la plume du compositeur peu de temps après qu'il ait entendu le Dies Irae dans un contexte tout à fait particulier : " Le juif de dix-sept ans que j'étais n'avait jamais assisté à une cérémonie religieuse chrétienne et, peu attiré par la musique vocale, je n'avais qu'une connaissance très réduite de la musique religieuse classique ou romantique. Bien sûr on m'avait fait remarquer la présence du Dies Irae dans la "Symphonie fantastique" de Berlioz à l'âge de huit ans, mais je n'avais absolument rien compris à cette œuvre. De ce fait, lorsque j'entendis le Dies Irae dans le film, "Le septième sceau", j'eus l'impression de l'entendre pour la première fois. Ce fut un double choc. Choc émotionnel très intense dû à l'ambiance très angoissante du film de Ingmar Bergman, et choc esthétique persistant à l'écoute de ce faux grégorien si menaçant et envoûtant à la fois."



Hélène Thiébault

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