Nicolas Bacri



Trois suites
op 31 n°1, 2 et 3 (1987-93)

pour violoncelle seul
(éditions DURAND)

in memoriam B.Britten



" Une anecdote curieuse est liée à la genèse de ce modeste hommage à la tradition d'écriture issue de J.S. Bach que constituent mes trois Suites pour violoncelle seul. Après avoir écouté l'interprétation si convaincante que Dominique de Williencourt fit d'une courte pièce pour violoncelle seul intitulée Mesto, je projetais d'en modifier légèrement la fin. Je ne me doutais pas qu'au moment même où cette résolution fut prise, trois autres mouvements étaient en gestation et n'attendaient que l'instant où mon crayon se poserait sur les dernières lignes de Mesto pour aboutir à une Suite en quatre mouvements (qui deviendra dans sa version définitive Preludio e metamorfosi) ... et bientôt à un ensemble de trois Suites.
Mesto, écrit le 22 juin 1987, fut repris et transformé dans plusieurs autres œuvres de ma composition. On le retrouve ainsi dans la Musica notturna n° 1 op 23, la Symphonie n° 2 op 22 et dans le dernier mouvement du Concerto pour violoncelle op 17. La raison en est que je veux voir dans cette longue phrase expressive le symbole d'une simplicité retrouvée après des années placées sous le signe de l'école de Vienne et de ses successeurs. Comme je l'ai fait avec d'autres fragments musicaux qui me paraissent les pierres de touche de mon développement musical le plus profond, faire résonner cette phrase dans d'autres œuvres fut une façon de souligner l'importance que je lui accorde. Le fait qu'on la trouve préludant à une Suite — qui deviendra la première d'un cycle de trois dédiées à la mémoire de Benjamin Britten — est caractéristique d'un hommage rendu à un maître qui s'efforça constamment d'exprimer avec une très grande économie de moyens les situations musicales les plus exigeantes. Les trois Suites que Britten écrivit pour le violoncelle sont à cet égard emblématiques du génie d'un compositeur qui, en un langage si évocateur et personnel, a su transfigurer avec une totale rigueur et la plus profonde liberté, l'idéal sonore, idiomatique, formel et émotionnel de J.S. Bach dans ses Suites pour violoncelle.
"
A lire cette déclaration du compositeur on comprendra bien que les trois Suites de N. Bacri ne se situent pas dans la descendance esthétique de celles de Britten. Il s'agit plutôt d'une connivence spirituelle avec la musique du Lord of Aldeburgh, éprouvée par N. Bacri à un moment où son estime pour le musicien anglais commença à se transformer en admiration. Connivence qui ne se limitera d'ailleurs pas a ces Suites et qui, à partir de 1990 (date à laquelle Folia op 30, autre œuvre in memoriam Britten, fut conçue) sera plus consciente dans l'esprit du musicien français.
D'un point de vue strictement stylistique, les deux premières Suites, et surtout la deuxième (Tragica), (Commande du Festival d'Art Sacré de la Ville de Paris et créée par le violoncelliste hollandais Pieter Wispelwey) se situent plutôt dans la sphère d'un "expressionnisme baroque" proche de la Sonate pour violoncelle seul op 25 (1922) de Hindemith. Quant à la Suite n° 3 (créée simultanément à New-York par le violoncelliste américain Scott Kluksdahl et D. de Williencourt en France), elle correspond bien à une conception du lyrisme méditerranéen typique de son auteur. Ce n'est donc pas un hasard si son premier mouvement est issu de Vita et Mors, d'après un poème de Bahia Ibn Paqûda, cantate faisant partie intégrante de la troisième symphonie de N. Bacri.
Première œuvre achevée à La Prée (Indre) où le compositeur venait de s'installer à l'invitation de l'Association "Pour Que l'Esprit Vive", cette Suite est dédiée " à tous ceux qui devinrent [ses] amis dans cet endroit merveilleux et, plus généralement, à tous ceux qui, avides de nourritures spirituelles, sont attirés par la beauté du lieu ou par les manifestations artistiques qui s'y déroulent. "



Hélène Thiébault


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