Edith Canat de Chizy

Edith Canat de Chizy
par Maurice Ohana


Edith Canat de Chizy s'affirme à chaque nouvelle œuvre comme l'une des personnalités majeures de sa génération. Libre des influences qui ont dévoyé tant de compositeurs depuis quarante ans, elle poursuit une vision personnelle qui enrichit le répertoire de notre temps. Sa musique, puissante et originale, n'a d'autre ambition que de faire aimer cette magie de sons, qui raconte "l'histoire du monde" telle que Debussy la rêvait.


 

biographie :


- EDITH CANAT DE CHIZY
par Maurice Ohana


- EDITH CANAT DE CHIZY
par Charles Chaynes


- UNE MUSICIENNE D'UNE RARE INDÉPENDANCE
par Corinne Schneider


- MA MEILLEURE AMIE SE PRÉNOMMAIT EDITH
par Betsy Jolas





et sur d'autres sites…

- UNE BIOGRAPHIE D'EDITH CANAT DE CHIZY ET LE CATALOGUE DE SES ŒUVRES CHEZ LEMOINE
site des Editions Lemoine


- UNE BIOGRAPHIE D'EDITH CANAT DE CHIZY
site de Radio France


- EDITH CANAT DE CHIZY : CANCIONES DEL ALMA
par Pascale Guitton-Lanquest site de la Société Nationale de musique

Edith Canat de Chizy
par Charles Chaynes


L'image d'Edith Canat de Chizy fut tout d'abord, pour moi, une partition arrivée parmi d'autres sur mon bureau de Radio France. L'intérêt fut immédiat, il s'en suivit une exécution de cette œuvre, puis d'autres commandes, tant sa musique pleine d'invention, de timbres, de formes m'a, dès l'abord, passionné.
La vie intérieure intense de ses œuvres laisse présager une grande richesse de catalogue pour les années à venir.

Edith Canat de Chizy :
Une musicienne d'une rare indépendance

par Corinne Schneider


Violoniste de formation, Edith Canat de Chizy n'a jamais quitté le monde qui se rattachait à son instrument. Telle en témoigne la production de ses œuvres qui privilégie d'une manière générale la famille des cordes :
Sextuor (1982), Trio Hallel (1991), Siloel pour 12 cordes (1992), Exultet, Concerto pour violon et orchestre (1995). Des pièces pédagogiques (Luceat pour 10 violons solistes en 1983 et Nyx pour 3 violons en 1984), aux grandes fresques orchestrales (Yell en 1985 et De Noche en 1991), l'attention portée au travail sur le matériau sonore offert par cette catégorie d'instrument est omniprésente.
C'est à partir de cette couleur de base que semble prendre naissance toute la palette de timbres imaginée par la musicienne, dont l'œuvre pourrait essentiellement être caractérisée par le souci constant du travail des harmonies et de leurs résonances. Aussi Maurice Ohana écrivait-il à propos de la musique d'Edith Canat de Chizy qu'elle "n'a d'autre ambition que de faire aimer cette magie des sons, qui raconte "l'histoire du monde" telle que Debussy la rêvait".
C'est donc bien par la notion générale de "couleur" que l'on pourra appréhender au mieux l'univers de ce compositeur, qui depuis sa rencontre avec Ivo Malec porte une vive attention à la matière acoustique brute. Pour que cette dernière puisse se charger d'expériences et d'intentions musicales riches, les techniques et les concepts qui règlent son organisation sont volontairement écartés au tout début de l'acte de composition. Ils ne réapparaîtront que plus tard, comme induits par le matériau lui-même. Le résultat de ce cheminement suscite une musique tendant à produire, et à être elle même, une harmonie entre les sphères techniques, pratique et spirituelle de l'individu. Ainsi les grandes oeuvres d'Edith Canat de Chizy laissent-elles s'épanouir une entente profonde entre le domaine des sens physiques d'une part, et le monde spirituel -plus qu'intellectuel- d'autre part.


Corinne Schneider
texte paru dans Insit'
lettre d'information des Editions Henry Lemoine
n°8 juin 99
…ma meilleure amie se prénommait Edith
par Betsy Jolas



Edith Canat de Chizy ! Bien avant d'en savoir plus, ces noms m'on fait rêver : de vieux châteaux et de grands parcs, d'armoiries et de portraits d'ancêtres, et aussi du temps déjà lointain de mon enfance où ma meilleure amie se prénommait Edith. Face à ce haut nom, j'ai rêvé de tout cela, mais sans rien connaître de sa musique jusqu'au jour où je l'ai vue, je l'ai entendue ! Etrange expérience en vérité que d'avoir à mettre sur un nom longtemps fréquenté tout à la fois un visage et une musique. Il est vrai qu'en matière d'art et en dehors de quelques idées reçues, nous ne savons toujours pas très bien ce qui "va ensemble".
Songeant à cela, je la regardai. Je l'observai avec attention comme le font aujourd'hui les femmes entre elles et non plus par rapport aux hommes. Pour essayer de comprendre.
Devant moi se tenait une grande et belle femme, d'une élégance de bon ton répondant bien à l'attente qu'avait créée chez moi son seul nom avec aussi un je ne sais quoi de distant dans l'expression qui complétait confortablement le tableau. Tout cela semblait assez cohérent.
Mais sa musique, elle, disait tout autre chose. Ou plutôt le laissait entendre. Je savais ainsi par sa musique, et par elle seule, qu'il y avait en cette Edith-là des zones d'ombre qu'il était en vain d'essayer de forcer mais dont elle nous laissait deviner les violentes turbulences comme on sent couver le feu sous des braises incandescentes. Je ne voudrais pas ici parler technique, moi qui justement pourrais le faire puisque je "connais la musique". Seulement dire avec quelle maîtrise la magie cache ici l'indispensable savoir-faire qui chez Edith, comme chez les meilleurs, ne se sent à aucun moment. Et j'évoquerais alors ce brassage de volumes et de masses aux textures sans cesse renouvelées, évoluant au long ou au dessus d'espaces toujours denses mais que viennent parfois trouer, zébrer des éclats, des traînées qui accrochent l'oreille et dessinent la forme.
J'eus alors la curiosité de découvrir pas à pas son fascinant parcours créateur. Parcours atypique s'il en fut et, pour tout dire, bien à l'image d'une personnalité si complexe. Ses maîtres, Ivo Malec et Maurice Ohana, l'ont-ils marquée ? Sans doute. Marquée mais non influencée, c'est le propre des vrais maîtres.
Reste le mystère des titres et des textes choisis (Yell, Hellel, De Noche, St Jean de La Croix...) qui en disent peut-être un peu plus. Mais Edith me dirait sans doute comme je le ferais moi-même en pareil cas :"pas plus qu'il ne faut".
Aussi m'en tiendrais-je là !


Betsy Jolas
texte paru dans Insit'
lettre d'information des Editions Henry Lemoine
n°8 juin 99