| Edith Canat de Chizy, sculpteur de sons par Gérard Condé | textes | ||||
| Les uvres d'Edith Canat de Chizy, une trentaine à ce jour, dans tous les genres (orchestre, musique de chambre, vocale, dramatique ou concertante) captivent l'oreille. On ne les quitte pas en se demandant ce que l'auteur a voulu faire, ou pourquoi il l'a voulu ainsi. Comme l'a si bien écrit Maurice Ohana, dont elle fut l'un des très rares disciples, " sa musique, puissante et originale, n'a d'autre ambition que de faire aimer cette magie des sons qui raconte l'histoire du monde telle que Debussy la rêvait ". On peut penser aussi, en écoutant ces trames orchestrales si riches dont elle a le secret, cette immobilité contemplative scintillante, à certaines pages de Karol Szymanowski . Par des articulations insensibles, par des tuilages, des fondus-enchaînés, on y passe insensiblement d'un état à un autre. Ainsi, dans De noche , inspiré par un poème de Saint Jean de la Croix, l'oreille chemine des profondeurs de l'obscurité jusqu'à l'illumination finale, discrète d'ailleurs, tant cette découverte de "la source éternelle cachée" s'avère tout intérieure. Dans sa facture, cette musique porte nettement la marque des procédés de l'électroacoustique. C'est peu courant chez les compositeurs purement instrumentaux mais il est vrai qu'Edith Canat de Chizy, outre ses prix d'écriture classique remportés au Conservatoire, a voulu faire aussi auprès de Guy Reibel, dans les studios du GRM, l'expérience de la musique sur bande. Déjà, dans la classe de composition d'Ivo Malec (lui-même passé par le GRM), son attention avait été attirée par la nécessité d'explorer le matériau sonore. Comme elle l'a dit, notamment dans un entretien avec Corinne Schneider en 1996 alors qu'elle était compositeur en résidence à Metz, " Le point de départ de la composition est un bloc de matière que je suis amenée à travailler, je le sculpte et le précise petit à petit. J'aime parler de forme organique : la matière dit d'elle-même ce qu'il est nécessaire de conserver et ce qu'il faut évacuer ; la trajectoire de l'uvre vient donc en même temps que le matériau. Je n'établis jamais un rythme indépendamment des autres paramètres. Je travaille par élaboration de strates en procédant par polyrythmie. J'ai toujours conçu le contrepoint à partir de l'harmonie. L'harmonie est primordiale : elle génère le timbre et le traitement mélodique. La mélodie naît d'un agrégat sonore ". La parfaite fluidité de ses polyphonies, malgré leur densité impénétrable, témoigne d'une acuité de la perception et d'un contrôle des moyens assez rares. Avec des instruments traditionnels, elle parvient à créer des sonorités parfois inouïes, en perpétuelles mutations. Dans Canciones, les seules voix humaines du chur a cappella créent aussi, par de subtiles juxtapositions, et sans recours à des effets spéciaux, un climat d'impalpable irréalité. Son drame lyrique Tombeau de Gilles de Rais, révèle une qualité supplémentaire : le sens du climat dramatique, de la sonorité éloquente. Dans cette uvre où la question du Bien et du Mal, du rapport de la Créature avec Dieu, sont si bien posés, la dimension spirituelle de l'inspiration d'Édith Canat de Chizy se manifeste dans sa plénitude et sa richesse. Gérard Condé | |||||
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