| Cette uvre fait partie d'un cycle de concertos dont le premier volet, auquel elle succède, est Midtown (pour deux trompettes et ensemble). Ici c'est le piano qui est utilisé avec toute sa spontanéité et son énergie afin de donner à chaque moment une expression et une lisibilité toujours claires. La souplesse dans la combinaison des structures, leur déroulement et la symétrie de leur agencement sont limpides, comme si ce que l'on entend était posé sur une ligne d'horizon afin d'en recevoir sans limitation les harmonies, les striures, les effluves et les émotions. Après une courte introduction, quatre grandes parties se succèdent, séparées par trois tutti orchestraux. Chaque partie se déroule sur un plan irrégulier renouvelant sans arrêt le discours, afin qu'aucun commentaire ne succède à l'énoncé d'un élément, incitant l'auditeur à prendre de la distance, à briser la limitation du champ de vision, à ne pas se fixer sur un objet et son éventuelle stabilité. Cette proposition prend également appui sur l'idée de la pyramide, élan oblique passant d'un promontoire (aigu) à l'écrasement vers le grave, ou l'inverse. Les grandes interventions du piano énoncent des motifs qui s'acheminent toujours vers un point de fuite, faisant bifurquer ainsi la musique dans une sorte de spirale dont la puissance est transmise par des traits fulgurants et vertigineux. La cadence finale, par exemple, nous entraîne vers une apothéose contenue, probable brisure d'un excès à venir. La lecture des uvres de Prokofiev et de Scriabine a accompagné l'écriture de ce concerto. Leur présence, plus qu'une évocation musicale, signifie le voyage, l'ailleurs, le lointain, mais sans description ni pittoresque, comme une sorte de damier qui juxtapose des couleurs en intégrant des nuances dans les détails par la simplification extrême de certaines lignes. Dans la seconde partie - mouvement lent - une improvisation, inspirée d'une variation du Concerto pour piano de Scriabine, marque la réutilisation des signes et des formes lues. Le passage sous-titré "Ricercare" définit le mieux cette idée d'éclatement et de liberté Ce concerto résulte d'une commande de Radio France et a été créé à Paris le 15 février 1997 par L'Orchestre National de Lille dans le cadre du Festival "Présences 97". |