| Jean Louis Florentz Jean Louis Florentz  par Henri Dutilleux Sens profond de la nature. Aspiration vers linfini. Esprit voué à la contemplation et, parallèlement, orienté vers les sciences. Pensée et oreille attentives aux rites de civilisations lointaines. Influence des musiques extra-européennes. Echos du monde des insectes, comme de celui des oiseaux et de toute une vie animale secrète et frémissante tout ceci associé à la liturgie. Par-dessus tout, spiritualité profonde. Telles sont les particularités que me semble révéler la musique de Jean Louis Florentz. Telles sont, en tout cas, les remarques que minspirent aussi bien la lecture de la partition de son Magnificat dont la création mavait laissé une vive impression. A chaque nouvelle approche de cet ouvrage, je retrouve à la fois le foisonnement didées et limagination sonore qui mavaient déjà séduit dans sa partition antérieure, Ténéré, outre des qualités de " fini " dans la mise en uvre que japprécie particulièrement. Enfin, jy découvre à nouveau un sens aigu du mystère sans lequel, pour moi, il nest pas de vraie musique. Henri Dutilleux | biographie : -JEAN LOUIS FLORENTZ par Henri Dutilleux -JEAN LOUIS FLORENTZ, LE MUSICIEN DE L'AILLEURS par Guillaume Connesson et sur d'autres sites
-UN ENTRETIEN AVEC JEAN LOUIS FLORENTZ par Myriam Soumagnac site de la Société Nationale de Musique -JEAN LOUIS FLORENTZ RITE, NATURE, NOMBRE : LA FEMME, MEDIATRICE DU SACRE par P. Guitton Lanquest site de la Société Nationale de Musique - UNE BIOGRAPHIE DE JEAN LOUIS FLORENTZ site de Radio France |
| Jean-Louis Florentz,  Le musicien de lailleurs par Guillaume Connesson Jean-Louis Florentz est le musicien de l'ailleurs. Que ce soit dans l'Afrique, empreinte de mythes et de symboles, qui sert de décor au Requiem de la Vierge, ou dans l'au-delà radieux des Jardins d'Amènta ou bien encore dans les récits bibliques et les contes orientaux qui nourrissent son récent Anneau de Salomon, l'appel du lointain - qu'il soit géographique ou métaphysique - est toujours très fort dans l'uvre comme dans la vie de ce compositeur. Son apprentissage musical lui-même est marqué par ce besoin d'évasion, par cette peur de l'enfermement, aussi bien physique qu'idéologique. Il faut dire que Jean-Louis Florentz (né en 1947) entame ses études musicales dans les années soixante, au plus fort du diktat esthétique de l'avant-garde sérielle. Après des études d'orgue commencées à Lyon, il monte à Paris et s'inscrit dans la classe de Messiaen et de Schaeffer. Mais l'atmosphère rigide et très doctrinaire du Conservatoire de Paris ne pouvait convenir à un musicien aussi épris de liberté. Aussi, et même s'il conserve un souvenir ému de Messiaen - la sainte trinité foi, nature et musique qui inspirait Messiaen ne laissait pas Florentz insensible - il cultiva d'autres rencontres et d'autres passions qui lui permirent d'échapper au moule de l'avant-garde. Ainsi des études universitaires de sciences naturelles, de langue arabe et d'ethnomusicologie (qu'il enseigne aujourd'hui au Conservatoire de Lyon) ont nourri sa curiosité et son goût pour l'érudition. Mais plus que les études ce sont les voyages qui ont permis à ce compositeur d'intégrer d'autres cultures. Car l'idée de "World music", très à la mode dans notre époque d'ultra-communication, se résume trop souvent à la superposition de formules collées sans appropriation véritable. Il est frappant que les rares réussites en ce domaine soient l'uvre d'hommes qui portent en eux, par leur vie ou leur origine, cette culture plurielle : la rencontre Asie-Occident dans l'uvre d'un Takemitsu, comme celle de l'Afrique et de la France chez Florentz comptent parmi les réussites les plus parfaites d'aujourd'hui. Preuve que la pureté radicale, l'effacement de la mémoire, le souci obsessionnel de cohérence esthétique sont dans notre siècle des utopies qui ne provoquèrent que dessèchement et appauvrissement. Si la rencontre que propose l'uvre de Florentz paraît si actuelle, si elle ouvre une voie fertile pour le XXIème siècle, c'est que son esthétique est le fruit d'un désir plus que d'une réflexion volontariste. Pour paraphraser le mot de Casanova répondant à la marquise de Pompadour que Venise n'est pas là-bas mais là-haut, l'Afrique de Florentz, avant d'être un champ d'étude pour universitaire, est d'abord un rêve d'absolu, comme l'enfance chez Ravel ou l'antiquité chez un poète de la Renaissance. La force créatrice que libèrent ces quêtes oniriques est une des choses que l'art contemporain, enfermé dans un matérialisme écrasant avait le plus oublié. La présence du Sacré (pas nécessairement religieux) confère une force poétique inimitable à la musique de Florentz. Il suffit de lire les indications de caractère dont il parsème ses partitions (qui graphiquement sont déjà en elles-mêmes des uvres d'art) : mystérieux, lumineux, sauvage, lointain, incantatoire... La musique redevient un acte magique, cérémoniel, indissociable du mystère du monde. Après ces années de formation, à partir des années quatre vingt, les partitions vont se succéder, avec une prédilection très nette pour le grand orchestre et les voix : calquée dans son déroulement sur le modèle du conte africain et rassemblant toujours des multitudes de sources religieuses et poétiques, cette musique déploie une luxuriance sonore très séduisante. Comme souvent les compositeurs-organistes, Florentz attache une importance très grande au langage harmonique. Les grands accords de huit sons et plus, les superpositions de modes et de tonalités construisent des décors saturés de couleurs et de lumière. Une qualité qu'accentue l'orchestration dans laquelle dominent les timbres les plus sensuels : cors, clarinettes, harpe et célesta (vieil héritage français) et surtout l'orchestre à cordes toujours très divisé du grave à l'aigu. Le compositeur l'utilise souvent de manière unitaire, comme une grande lyre africaine. Mais la singularité de la musique de Florentz, ce qui la rend immédiatement identifiable, c'est d'abord son écriture polyphonique : c'est là que l'Afrique est présente, c'est là qu'elle renouvelle les hiérarchies traditionnelles de la musique occidentale. À L'équilibre entre mélodie et accompagnement sont substituées des strates rythmiques qui se superposent pour créer des polyrythmies installées dans un champ modal. De cette "harmonie en mouvement" naît l'impression, paradoxale et fascinante, de dynamisme, du fait de l'écriture interne, et de statisme, du fait de la stabilité harmonique. Le goût du compositeur pour les polyphonies naturelles et animales se retrouve dans ces séquences foisonnantes, toujours construites à partir d'un accord ou d'un mode fixe pour éviter la confusion : Une forêt tonalisée et contrôlée dans ses rapports harmoniques, mais libre dans son horizontalité rythmique, une forêt tropicale à la française ! À ce matériau, le Requiem de la Vierge ajoute des psalmodies quasi grégoriennes et un lyrisme vocal, écho de l'admiration que porte Florentz à... Puccini. Dans le Songe de Lluc Alcari, son concerto pour violoncelle, le soliste initie la polyphonie de l'orchestre qui démultiplie les mélismes incantatoires du violoncelle. Avec les Jardins d'Amènta, ce voyage au pays des morts inspiré du livre égyptien, l'harmonie semble enivrée par la lumière d'Afrique et la partition se présente comme un concerto pour orchestre virtuose dont le foisonnement se voudrait une représentation musicale du faste de la rencontre avec le Visage selon les mots du compositeur. Composée spécialement pour l'Orchestre National de Lyon pendant la résidence du compositeur (1996-1997), elle sera suivie d'une autre fresque symphonique, L'anneau de Salomon, créée le 1er avril prochain. Actuellement Florentz renoue avec ses amours de jeunesse puisqu'il se consacre à un livre d'orgue pour lequel il a déjà écrit deux uvres majeures : les Laudes (1983) et surtout Debout sur le Soleil (1990) d'une richesse quasi symphonique. Dans cette invitation au voyage que propose l'art de Florentz, rien ne relève de l'exotisme de pacotille, ni du descriptif pittoresque. Aussi chaque auditeur peut se frayer son chemin propre parmi cette végétation orchestrale luxuriante et rêver de son propre ailleurs. Mais que vous l'abordiez par le nord, le sud, l'est ou l'ouest, la richesse de cette musique semble toujours se dérober et se renouveler. Guillaume Connesson |