L'ANNEAU DE SALOMON par Guillaume Connesson créé le jeudi 1er avril 1999 à 20h30 à Paris au Théâtre des Champs Elysée par l'Orchestre National de Lyon dirigé par Emmanuel Krivine. Belle métaphore de l'histoire récente de l'Afrique du sud, l'Anneau de Salomon emprunte à différentes sources littéraires : au Testament de Salomon, texte apocryphe du IIe siècle, à des commentaires du Coran, à trois contes des mille et une nuits, à plusieurs textes de l'Ancien Testament, mais aussi à Long walk to freedom, l'autobiographie de Nelson Mandela, auquel la partition est dédiée. Destinée à devenir un ballet avec chur (dans la tradition de Daphnis et Chloé) l'uvre, qui sera créée dans sa version purement symphonique le 1er avril par l'Orchestre de Lyon dirigé par Emmanuel Krivine, s'appuie sur un argument précis que nous conte le compositeur : "un jeune artiste du Temple, favori de Salomon, s'évade de Jérusalem après avoir volé l'anneau royal, et part à la recherche du site où sont incarcérés ses pairs, à la suite d'une révolte contre le roi... quelque part au bord de la Mer Rouge (I. Lune de Sawâkyn). Il est guidé dans son voyage par les djinns libres et les Filles de la mer (II. Colonnes de Corail) qui le conduisent jusqu'à l'île au-delà des Sept Mers où Salomon, après avoir transformé les artisans rebelles en vapeurs bleues, les a enfermés dans des jarres scellées de plomb (III. L'Ile du non-retour). Grâce à la puissance de l'Anneau de Salomon, le jeune homme parvient à ressusciter ses amis. Une fois libres, ils fuient la Terre pour vivre en paix, à l'abri de l'esclavage et, parmi les étoiles, voguent vers le Baudrier d'Orion (IV.Litanies cosmiques). Mais la fin de l'ouvrage ramène notre héros à la réalité : un vieux griot, passant près du jeune homme endormi, le réveille au son de sa viole : tout cela n'était qu'un rêve (Epilogue : Le vieillard nubien)." Avec la minutie des enlumineurs de jadis, Florentz a donc bâti une grande polyphonie hédoniste où le rythme tient une place plus importante que d'ordinaire : la danse des Filles de la mer est soutenue par un chur de lumineuses trompettes au milieu d'un bain harmonique de cordes ; dans L'Ile du non-retour on danse sur un gospel sud-africain que chaloupent les cors et bassons sur une polyrythmie de percussions, et, à la fin de l'ouvrage, les étoiles dansent sur un reggae soudanais stylisé, dans lequel bois, clavier et harpe se lancent dans une orgie rythmique. La charge décorative, d'un baroque flamboyant, entraîne dans un univers emplis de merveilleux et de sacré, où la pure jouissance harmonique et sonore suscite l'imagination sans la contraindre. Le "Ring" de Florentz s'annonce comme une date dans la musique. Guillaume Connesson | textes | |