| Extraits de presse sur la création du Requiem pour la Vierge (ancien titre de Asún) le 16 décembre 1988 : Jean Louis Florentz (né en 1947) est de ces compositeurs que les histoires de la musique répertorient, sobrement, sous la rubrique " indépendants " ou " musiciens français ". De ces créateurs représentatifs daucune école ou aucun courant en particulier, et qui laissent embarrassées les colleurs détiquettes. En disséquant sa biographie, on pourrait classer Florentz parmi les " élèves de Messiaen ", seulement voilà, cela ne se voit même pas. Il nest ni spectral, ni boulezien, ni ornithologue. Juste un peu mystique. Son Requiem de la Vierge vient dêtre créé par le Nouvel Orchestre Philharmonique, dirigé par Claude Bardon, dans le cadre de la série Musiques Sacrées. Cette uvre est le troisième volet dun triptyque marial inauguré en 1979 avec le Magnificat Antiphone pour la Visitation. Inspiré par la liturgie éthiopienne, le Requiem adopte demblée une manière résolument grave, vigoureuse et solennelle de célébrer la Vierge, ce qui a limmense mérite déviter toute trace de la mièvre béatitude propre à une certaine tradition française. Luvre de Florentz possède un climat, un ton bien prononcé. Son écriture témoigne dun métier indiscutable. Elle évoque dailleurs assez un certain style " à la polonaise ", ou " à la hongroise " : grandes nappes polyphoniques, lacis complexes de sons organisés en un flou artistique. Le tout serait encore meilleur si le jeune compositeur navait tendance à abuser de ses effets. Lécriture vocale, par exemple, piétine un peu dans un style anguleux et incantatoire le plus souvent en recto-tono (cest-à-dire en chantant sur une seule note). Le déroulement harmonique est tout aussi statique. La forme manque de contours fermes, darticulations. Pour tout dire, il y a là de quoi devenir neurasthénique. Ce qui, pour un Requiem, nest pas mauvais signe. Jacques-Emmanuel Fousnaquer LHumanité Mardi 20 décembre 1988 A quarante ans, Florentz confirme bien la place qui lui revient de droit en tête de sa génération. De partition en partition, il élabore une écriture toujours plus fouillée, toujours plus efficace, très moderne dans sa conception et par sa sensibilité, mais sans agressions inutiles, sans provocations artificielles, sans nombrilisme non plus. Pour lui, lessentiel est de dire ce quil veut, de créer des climats sonores très particuliers, sans recherche formelle théorique non motivée. La masse orchestrale et chorale est traitée avec une science de plus en plus impressionnante, avec de magnifiques contrastes entre la fluidité, la translucidité de cette masse sonore, et lampleur du propos, du développement. Lensemble est dune très grande beauté, très complexe dans sa structure pour parvenir à une étonnante pureté dexpression. Les parties chorales et vocales, quelles soient éthérées ou plus violentes, notamment dans le haut de la tessiture, ne donnent jamais limpression de brutaliser les voix, dailleurs fort belles, des solistes. Le choix des textes, très savant et dorigines très variées, retrouve aussi une unité absolue dans la couleur musicale générale, très expressive, soutenue par un vrai sens de linstrumentation. Et puis, il y a, comme toujours dans les uvres de Florentz, ce souffle du désert, cet appel vers un espace sans limites, cette pointe dexotisme qui excite lesprit et qui convient particulièrement bien au contenu spirituel de ce Requiem. Gérard Mannoni Le Quotidien de Paris Lundi 19 décembre 1988 | textes |