| Renaud Gagneux CONCERTO POUR ALTO ET ORCHESTRE  opus 51 Commande de lOrchestre National de Lyon, direction Emmanuel Krivine sera créé le samedi 10 avril à 18h00 à Lyon à l'Auditorium Maurice Ravel par Corinne Contardo (alto) et lOrchestre National de Lyon dirigé par Yoel Lévi Après la création, en 1993, par Mstislav Rostropovitch, de mon Concerto pour violoncelle, jai songé au violon, ou à lalto
à lalto, ou au violon. Le calendrier des commandes et des orchestres a voulu que je commence par écrire un concerto pour violon (Commande de lEtat) au moment même où je métais enfin décidé à écrire en premier un concerto pour alto après avoir rencontré, en 1996, Corinne Contardo, premier alto solo de lOrchestre National de Lyon. Donc, tout de suite après avoir achevé le Concerto pour violon, jenchaînais sur lalto. Ma volonté de différencier totalement ces deux concertos, écrits pour des instruments cousins, et le risque dépuisement, consécutif à lécriture successive de deux formes assez semblables, mont demandé plus de six mois de travail
Le Concerto pour alto (20), comporte quatre mouvements de durées assez similaires ; il joue sur lalternance soliste-orchestre et adopte une écriture plutôt mélodique. Son instrumentation fait appel à la harpe et utilise les bois par deux (à lexception des bassons) mais aussi 3 cors, 3 trompettes (référence à lorchestration posthume de lextraordinaire concerto de Bartok), 3 percussionnistes (timbales, percussions, célesta) et 50 cordes. Ce choix élimine donc les instruments à vent graves, rompant volontairement avec un équilibre classique, compensé par lutilisation systématique de la flûte en sol, du cor anglais et de la clarinette basse. Il ma obligé à concevoir, sous les passages confiés au soliste (en alternance donc avec un orchestre plus puissant), une orchestration soit réduite, soit modérée quant à la dynamique. Les idées musicales sont le fruit de deux sources dinspiration. Dabord une série de " portraits sonores " dartistes rencontrés, ou retrouvés, depuis 1996 : des plasticiens, des musiciens. Ensuite une série de " paysages sonores " dans lesquels jaime me trouver : dans le passage central du 1er mouvement, foule bruyante des fins de semaine sur la Butte-aux-Cailles, bouffées de percussions afro-cubaines et relents lointains de basse électrique rock ; à la fin du 2ème mouvement, averse nocturne sur les rues devenues désertes ; dans le passage central du 3ème mouvement, esquisse en demi-teinte dun rap et, à la fin du même mouvement, évocation dun hall de gare
En fait, un autoportrait " hors famille ", à une époque précise, où évoluent des personnages : entre autres lalto bien sûr, mais aussi la " ballade " de la clarinette et de la flûte, et particulièrement de la flûte en sol (début et fin du 1er mouvement) ; les trois accords " piano " confiés aux 3 cors et aux violons et alti (début des 1er et 2ème mouvement), et le balancement de la harpe et des alti (début du 2ème mouvement) ; lostinato des timbales et contrebasses et les doublures de lalto solo et du cor anglais (2ème mouvement) ; le " signal " affirmé enfin des trois accords successifs des vents (4ème mouvement) et la brutale rature (ratage ou signature ?) finale
Renaud Gagneux | textes : - CONCERTO POUR ALTO ET ORCHESTRE par Renaud Gagneux - TRIPTYQUE, CONCERTO POUR VIOLONCELLE ET ORCHESTRE par Renaud Gagneux - QUATUOR A CORDES N°1 ET 2 par Gérard Condé - REQUIEM par Renaud Gagneux | | | | TRIPTYQUE  CONCERTO POUR VIOLONCELLE ET ORCHESTRE commande de musique nouvelle en liberté dédié à Mstislav Rostropovitch et Laure Cambau créé à Montpellier en 1993 par Mstislav Rostropovitch et l'Orchestre Philharmonique de Montpellier dirigé par S. Soltesz enregistré chez Teldec Classics par Mstislav Rostropovitch et le London Symphony Orchestra dirigé par Seiji Ozawa, enregistrement nominé aux Victoires de la Musique Classique 97 Avant de songer à écrire un concerto pour violoncelle et orchestre, j'avais écrit un solo pour basson sans destinataire particulier. C'est alors que mon éditeur Jean-Manuel de Scarano (Durand) et mon ami le violoncelliste Frédéric Lodéon me demandèrent d'écrire un concerto. Pour la simple raison que les tessitures du basson et du violoncelle sont assez comparables, je décidais d'utiliser ce solo pour basson comme cadence centrale de ce concerto. L'idée m'est aussitôt venue, puisque je commençais ainsi par le milieu, d'écrire aussi en premier lieu un mouvement central qui encadrerait cette cadence, puis ensuite seulement un premier et un troisième mouvements de part et d'autre de celui-ci. Pour renforcer cette construction en "triptyque" (qui est devenu le titre même du concerto), j'ai enfin pris soin de donner une durée rigoureusement égale - sur le papier du moins (4 minutes) - au premier et troisième mouvements faisant office de "volets", et une durée équivalent au double (8 minutes) au deuxième mouvement faisant office de "panneau central" sur lequel pourraient se rabattre imaginairement les deux volets. N'arrêtant pas là la comparaison picturale, et m'inspirant de certains triptyques du Moyen-Age, je me suis attaché, tout en optant pour un effectif modeste (orchestre par 2), à donner au mouvement central - le sujet en quelque sorte - une couleur plus chatoyante et une écriture plus traditionnelle avec un soliste plus présent, réservant aux premier et troisième mouvements - les volets qui, rabattus, présentent souvent des allégories ou des symboles en grisaille - une impression plus sévère en camaïeu par l'utilisation de micro-intervalles et de multiphoniques aux bois et l'intégration presque totale du violoncelle dans cet univers "ligneux". Dans le troisième mouvement, j'ai même fait intervenir les éléments d'un "paysage sonore" entendu dans le midi de la France : cigales, ruisseau, vent, orage lointain (maracas, woodchimes, géophone, timbales), trame continue de sons à hauteur quasi indéterminés constituant ce que Karlheinz Stockhausen appelle des "silences colorés". Cela dit, l'oreille ne réagissant pas comme l'il, il m'est apparu rapidement qu'il y avait plusieurs sortes de temps, de durées, qui ne pouvaient pas logiquement correspondre à le perception visuelle exacte de deux volets se refermant sur un tableau central. Il s'agit là de l'une de mes préoccupations constantes et d'un véritable jeu que je qualifierai d'"expérimental" : la durée chronométrique réelle sur le papier, dont j'ai parlé, ne correspond en effet ni à la durée propre de chaque exécution (fonction du lieu, du moment, des interprètes et en dépit des mouvements métronomiques précis), ni aux "durées psychologiques" ressenties, différemment qui plus est, par les auditeurs, ni au temps que les musiciens auront mis à travailler les différents passages, ni encore moins à celui que le compositeur aura mis à les écrire
Le concerto achevé, Frédéric Lodéon m'annonça qu'il venait de renoncer à sa carrière de violoncelliste mais qu'il s'engageait à en faire parvenir la partition à Mstislav Rostropovitch. C'est à le fois avec joie et stupeur que je reçus quelque temps plus tard un message de celui-ci me confiant l'intérêt qu'il portait à mon concerto. Le travail avec Mstislav Rostropovitch (auquel Triptyque est dédié, ainsi qu'à mon épouse qui en avait vécu auparavant l'élaboration - entre autres sur le phrasé de la partie de soliste et sur les rapports de dynamique avec l'orchestre -), m'a été infiniment précieux. J'y ajouterai l'idée finale que je lui dois, du glissando pianississimo de violoncelle s'échappant vers l'extrême aigu comme certains peintres ont représenté l'âme des défunts s'échappant par leur bouche. Triptyque ne fait référence qu'à une forme et n'a donc rien à voir avec un sujet d'inspiration religieuse, même si mon catalogue comporte de nombreuses uvres à caractère sacré, ce qui est moins inhabituel qu'on le dit aujourd'hui, du moins en France (O. Messiaen, M. Ohana, G. Amy, J-L. Florentz, P. Hersant, A. Louvier, T. Murail, etc
) Renaud Gagneux | | | | QUATUORS A CORDES N°1 ET 2  Quatuor à cordes N°1 opus 15 (1986), commande de Radio France, primé par la Tribune des Compositeurs de lUNESCO Quatuor à cordes N°2 opus 16 (1986) Dans le cas de Renaud Gagneux, on serait tenté de parler déclectisme si le terme ne risquait pas dêtre pris dans un sens péjoratif. Cest plutôt à la manière de Stravinski que Renaud Gagneux prend son bien ici et là pour faire une uvre personnelle. A première vue, son premier quatuor (printemps 1986) ressemble à un kaléidoscope de clichés de la musique du XXè siècle, et pourtant il possède une physionomie propre et très frappante. Cest, de tous les quatuors que jai écoutés de façon un peu boulimique il es vrai pour effectuer ce tour dhorizon, celui qui sest imposé avec la plus grande netteté à ma mémoire ; je sais que je reconnaîtrais presque infailliblement un court fragment de lun ou lautre de ses quatre mouvements. Je naffirmerais pas quil a pour autant plus de valeur ou dintérêt que tel ou tel, mais il me semble posséder au plus haut point cette qualité assez rare aujourdhui, surtout dans le domaine du quatuor, dêtre un uvre " grand public ". A la barbarie cacophonique, qui va en se civilisant, du premier mouvement, succède la méditation nocturne (Bartok ?) du deuxième. Le carillon du Rondo est une sorte de clin dil, une parenthèse avant que le finale ne vienne prolonger et approfondir le deuxième. Les liens thématiques entre les mouvements sont, en outre, assez saillants pour quon les perçoive. Au cours de lété 1986, Renaud Gagneux a composé dans la foulée un second quatuor, stimulé par le fait quil avait réussi dans le premier à se passer des ressources de lorchestre sur lesquelles il avait bâti une partie de son esthétique : les vents graves notamment. La composition dun quatuor sest donc imposée à lui comme une gageure : il en est résulté une évolution de son écriture dans le sens dun affinement des moyens et dun équilibre entre la polyphonie, lharmonie et le jeu des timbres qui est le fondement même du genre. Gérard Condé In Le quatuor à cordes en France de 1750 à nos jours | | | | REQUIEM  pour 2 sopranos, chur, maîtrise et orchestre enregistré chez Chamade/MFA (CHCD 5632) par Anne-Marie Blanzat, Martine Masquelin, le Nouvel Orchestre Philharmonique, Les Churs et la Maîtrise de Radio France dirigés par Jacques Mercier Lidée décrire une messe de Requiem mest venue en 1975, sans quaucune crise mystique, quaucun deuil me touchant de près laient provoquée. Laudition répétée, à cette époque, des messes de Requiem de Mozart, Berlioz et Fauré, accompagnée dune réflexion sur la mort et dun intérêt certain pour le texte latin de la messe des morts en raison de ses multiples résonances musicales, sont plutôt à lorigine de luvre. Celle-ci reprend dailleurs le même découpage que celui adopté par Mozart et utilise une orchestration proche de lesthétique berliozienne, peut-être par souci " déloigner la mort ", ou plus précisément la peur de la mort, et de célébrer la victoire du Christ sur celle-ci par le fracas et la richesse de lorchestre : 4 flûtes (dont 2 petites), 4 hautbois (dont 2 cors anglais), 4 clarinettes (dont 1 basse), 4 bassons (dont 2 contrebassons), 6 cors, 4 trompettes, 4 trombones, 2 trombones basses, 1 tuba, 2 timbaliers, 4 percussions, 3 harpes, célesta, piano, orgue, 16 premier, 14 seconds violons, 12 alti, 10 violoncelles, 8 contrebasses, churs mixtes, maîtrise denfants et 2 soprano solistes. A lorigine également, le souci cuménique dintégrer dans la musique un certain nombre demprunts aux diverses liturgies, particulièrement du monde méditerranéen : judaïsme, christianisme, islam. De là provient sans doute la nécessité que jai ressentie demployer de nombreuses références aux sonorités des cloches en particulier, aux cantillations et aux psalmodies en général. Le Kyrie, le Sanctus, le Benedictus et lAgnus Dei étaient déjà achevés lorsque France Culture me proposa décrire pour le Festival dAvignon 76 une messe pour soprano, petite formation chorale, 3 instruments à vent, percussions et orgue, destinée à rentrer dans le cadre de la liturgie. Je fis donc une réduction instrumentale des quatre numéros précédents (qui appartiennent tout aussi bien à loffice dominical quà celui des morts) et y ajoutait des partitions exclusivement instrumentales pour lOffrande et la Communion, alternant ainsi les numéros chantés et des musiques plus " fonctionnelles ". Ce nest que quelques années plus tard, en 1981 et 82, que jeus la possibilité de me remettre au travail et dachever, dans un esprit identique, même si lon peut noter des différences esthétiques dues principalement à la gravité et à la violence de certains textes, la messe de Requiem (commande de Radio France) en y ajoutant les numéros qui lui sont propres : Introïtus (Requiem Æternam), Sequence (Dies Irae), Offertorium et Communio (Lux Æterna) ; ces deux dernières parties reprenant largement par ailleurs des éléments existant dans les musiques instrumentales de lOffrande et de la Communion de la messe. Les churs restent traités dans le souci de faire ressortir, comme autant de ponctuations à caractère percutant, les syllabes à résonance (om, um, on) utilisées fréquemment dans la plupart des textes sacrés des différentes religions du globe, les 2 sopranos solistes intervenant le plus souvent par des procédés de tuilage. Luvre se divise comme suit : I. Introïtus : Requiem æternam II. Kyrie eleison : La partie du ténor soliste dans les churs est empruntée au grégorien. III. Sequentia : 1. Dies Iræ. Linstrumentation du Dies Iræ sinspire des instruments de musique représentés dans le tableau de Bruegel " Le triomphe de la mort " ; trompettes droites (trompettes, trombones), timbales, cloche (jeu de cloches), luth (harpes), vielle à roue (cordes). Les parties de jeu de cloches, harpes et piano, ainsi que cuncta stricte discusurus (voix de femmes), sont empruntées au grégorien ; celles des trompettes, timbales et cordes, ainsi que Dies irae, dies illa (voix de femmes) à lintroïtus grégorien il sagit de lélément mélodique de quatre notes repris par Gabriel Fauré dans le Pie Jesu -. La partie des ténors et basses est empruntée quant à elle, à partir dun jeu de mots sur illa, à la cérémonie du Zikr des derviches turques (islam) : " lâ ilâhe illâllâh "signifiant " il ny a de Dieu quun seul Dieu ". 2. Tuba mirum. 3. Rex tremendæ majestatis. Les parties de cloche, célesta, vibraphone, jeu de cloches et harpes reproduisent la sonnerie du carillon liturgique de la cathédrale orthodoxe russe de Genève. La mélodie et lharmonisation de fons pietatis sinspirent de la liturgie orthodoxe russe. 4. Recordare, Jesu Pie. Les parties confiées à la maîtrise denfants sont empruntées au choral Ach Gott, vom Himmel sieh darein (Erfurter Enchiridion M. Luther, 1524), utilisé par J.S. Bach dans les cantates Nr. 2, 77 et 153, ainsi que dans La Flûte enchantée (duo des hommes armés). 5. Confutatis maledictis. 6. Lacrimosa dies illa (enchaîné). Reprise déléments du Dies iræ, du Tuba mirum, du Recordare et du Requiem æternam. IV. Offertorium : 1. Domine Jesu Christe. 2. Hostias et preces (enchaîné) V. Sanctus : 1. Sanctus Dominus Deus Sabaoth. 2. Benedictus (enchaîné). La mélodie du Benedictus est empruntée à la liturgie juive comtadine du Chabbâth. VI. Agnus Dei. VII. Communio : Lux æternam (enchaîné). Certaines percussions (gongs, maracas, temple-blocks, wood-block, bongos, wood-chimes) font référence à des instruments utilisés dans les religions animistes, particulièrement au cours des cérémonies shintô (Japon). Renaud Gagneux | | | |