| Philippe Hersant PHILIPPE HERSANT, ENTRE DISSONANCE ET CONSONANCE par David Herschel Enfant, Philippe Hersant ne désirait rien dautre quentendre, jouer, écrire de la musique. A vingt ans, après avoir accompli de solides études dharmonie et de contrepoint, la voie royale consistait à suivre lenseignement dun maître, en classe de composition, au Conservatoire de Paris. André Jolivet fut ce maître : orateur original, analyste clairvoyant des partitions de son temps, il encourageait ses élèves à faire uvre de renouveau. En 1968, régnait au Conservatoire une ambiance particulière. Laborintus II de Luciano Berio faisait figure de modèle ; en littérature, Umberto Eco montrait une voie nouvelle: son projet duvre ouverte inspirerait le théâtre (living theatre) et la musique. Lidée de performance, de happening, étendait son empire au détriment de la tradition de notation et dexécution classique. Philippe Hersant ne pouvait que se montrer sensible à cet air du temps. Etudiant à la Faculté de Lettres, parallèlement à ses études décriture, il tentait de donner à ce vent de liberté un contour musical. Les figures de Joyce, de Borges, allaient hanter ses premiers essais ; musique écrite pour la satisfaction de lintellect plus que pour son résultat sensible. Cette distorsion trop apparente entre le propos conceptuel et leffet émotionnel allaient décevoir le jeune artiste... puis léloigner presque entièrement de la composition pendant près de dix ans. La traversée du désert allait se terminer delle-même à loccasion dune première commande symphonique, pour lOrchestre Philharmonique de Radio France. Cest à la Villa Médicis, à Rome, que Philippe Hersant écrivit Stances. A cette partition, il donne volontiers le numéro dopus 1 : comme si le geste créateur, longtemps en sommeil, avait alors pu émerger du plus profond de lui-même : comme si Philippe Hersant, né à Rome en 1948, connaissait à Rome, trente ans plus tard, une seconde naissance. Si lécriture instrumentale des premiers ouvrages orchestraux hérite de linfluence de Xenakis (extrême division des cordes, emploi de quarts de ton, de trémolos), ou de Varèse pour son caractère impérieux et massif, lessentiel se trouve ailleurs : dans une tension nouvelle, et longtemps occultée, entre consonance et dissonance. Cette tension, ce rapport ambigu et mouvant de deux termes opposés, offre aux partitions suivantes la source de leur renouvellement, de leur richesse. Lessentiel réside encore dans le souci du détail instrumental, la minutie du timbre, assez propre à lorchestration française, et dans une sensibilité particulière aux musiques dExtrême-Orient. Un tel intérêt pour les répertoires extra-européens rapproche Philippe Hersant dun autre musicien français : Jean-Louis Florentz, lancien camarade de la Villa, avec lequel il partage également une commune admiration pour Henri Dutilleux. Mais quand Florentz décide dapprofondir la voie ethnomusicologique par une étude systématique sur le terrain, en particulier en Afrique, Hersant se suffit assez bien de ses seuls souvenirs : ainsi dune flûte indienne entendue quelque jour, dont lenvoûtante mélopée lui dictera son Hopi pour basson... Il en va de même pour ses autres sources dinspiration, issues de lécole occidentale : quand la découverte dune uvre émeut sa sensibilité, il ressent le désir den composer une autre, assez éloignée sans doute de son modèle, mais entretenant avec lui de secrètes relations. Parmi ses contemporains, cest vers les compositeurs de lest quil porte le plus volontiers son attention : Ligeti, Kurtag, et les uvres majeures de Schnittke et de Sofia Gubaïdulina. Le courant minimaliste américain nemporte pas, en revanche, son adhésion. (
) David Herschel | textes |