Piotr Moss

Biographie

Piotr Moss est né le 13 mai 1949 à Bydgoszcz, en Pologne. Il suit d'abord la classe de composition de Piotr Perkowski à l'Ecole supérieure de musique de Varsovie, où il obtient un Premier prix en 1972. Il bénéficie également de l'enseignement de Gra?yna Bacewicz et Krzysztof Penderecki. Titulaire d'une bourse du gouvernement français en 1976-77, il vient à Paris approfondir ses connaissances avec Nadia Boulanger.

Installé à Paris depuis 1981 (il obtient la nationalité française en 1984), Piotr Moss fait évoluer ses recherches dans plusieurs directions. A côté de ses pièces symphoniques et autres pièces pour formations de chambre, il collabore avec diverses radios et télévisions.

Les oeuvres de Piotr Moss ont déjà été présentées dans de nombreux pays.

Elles sont éditées en France par Billaudot, Max Eschig, Alphonse Leduc, Armiane  Delatour et I.M.D. Paris ; à l'étranger, par Zanibon (Italie), Peters et Pro Viva (Allemagne), AA et PWM (Pologne).

Depuis 2005 Piotr Moss est membre de la Commission de la Musique Symphonique de la Sacem.

biographie :


" J'aime dialoguer en musique "
portait de Piotr Moss par Olivier Bellamy


Dans le monde insatisfait, revendicatif et parfois geignard de la musique contemporaine subventionnée, Piotr Moss tranche par son indifférence tranquille, son apparent manque d’orgueil et son humilité teintée d’autodérision. Il est content de sa situation, ce qui ne veut pas dire qu’il soit content de lui. Cet homme couvert de prix et d’honneurs préfère écrire qu’avoir écrit : " A chaque fois que j’ai terminé une pièce, je me dis : encore un échec ! " L’humilité, c’est auprès de Nadia Boulanger qu’il l’a apprise. Après avoir étudié la composition avec Perkowski, Bacewicz et Penderecki en Pologne, il a en effet obtenu une bourse pour travailler en France avec la grande pédagogue. " Un artiste, pour Nadia Boulanger, c’était d’abord un artisan qui remplit bien sa mission. Elle avait un sentiment très religieux par rapport à la musique. Elle disait que c’est un don de Dieu. Moi, je dis un don de la nature, ce qui revient au même. " Comme tout Polonais, Piotr Moss ne s’est jamais senti déraciné en France, sans doute parce qu’ il n’a jamais vraiment coupé les ponts avec sa patrie d’origine. Il continue à vivre entre Paris, Varsovie et Berlin, là où on lui offre du travail. C’est le théâtre, la radio et le cinéma qui ont d’abord fait appel à lui. Il s’est toujours senti à l’aise et sans complexes dans cette musique narrative, voire illustrative. " Quand vous n’avez que quatre ou cinq instruments et qu’il faut créer des ambiances et des couleurs différentes, c’est une véritable école. " Piotr Moss écrit aussi beaucoup de musique pure, bien qu’il considère que toute sa musique est impure. " Comme Mahler, j’aime bien mélanger le grotesque et le sublime. J’aime le kitsch. Je me passionne pour le folklore du Tyrol. Je suis très sensible au désespoir inhérent à la sonorité du yodler. " L’humour a toujours sa place dans ses compositions. Il se moque volontiers des tics instrumentaux de la musique contemporaine dite savante : le jeu derrière le chevalet pour le violon, les bricolages à l’intérieur du piano... " Je me moque aussi du Cygne de Saint-Saëns, qui est une de mes cibles favorites, mais toujours avec beaucoup de tendresse ". Capable d’écouter avec autant d’intérêt du Kurt Weill, du Boulez ou de la musique pop ”la plus vulgaire”, Moss affiche son éclectisme comme une indépendance d’esprit. La musique de théâtre lui a donné le goût de la diversité et l’a formé à une syntaxe de l’incarnation : il aime mettre des masques différents quand il écrit. " Je suis parfaitement vide a priori. C’est la commande qui me donne de l’inspiration. Je ne suis pas un compositeur qui se promène dans la rue et qui note un motif, une structure. Je suis comme un caméléon qui change de peau en fonction de ce qu’on me demande. " A la manière des compositeurs du XVIIIème siècle ou des peintres de la Renaissance, Piotr Moss a besoin d’un sujet imposé pour être lui-même. Ses œuvres sont un journal intime écrit sous la contrainte. Amoureux de la grande forme – " elle est plus facile à vendre que la petite " – il a déjà écrit trois opéras (Karla, Les ailes de Jean-Pierre et Le monstre ), deux mélodrames (Ugui et Le cirque de Giuseppe) et un oratorio (Gédéon) en collaboration avec l’écrivain Jean-Louis Bauer. " C’est mon Hofmannsthal. Il doit me détester parce que, selon lui, je considère toujours la musique comme plus importante, mais on a réussi à former un couple artistique ". En Allemagne, Piotr Moss travaille beaucoup avec les chœurs. Les musiciens de l’Orchestre du Deutsche Oper de Berlin vont lui consacrer un concert prochainement. L’Orchestre National de France sous la direction de Leonard Slatkin vient d’enregistrer sa Fresque pour orchestre. Son Concerto-Rhapsodie a été récemment créé en Avignon par François-Xavier Bilger. Le chef Amaury du Closel est aussi de ceux qui jouent sa musique. Ils se sont connus en 1984 lors d’un concours auquel étaient aussi présentées des œuvres de Nicolas Bacri et Claude Vivier, et que Marcel Landowski avait baptisé Référendum. Avec Incontri, Piotr Moss avait remporté le prix du public. " J’ai toujours aimé dialoguer avec le public en musique. Je converse avec lui, je lui propose des choses. Evidemment, c’est un public imaginaire, un public sensible qui peut me répondre en théorie ". Lors de ce Référendum, c’était l’Orchestre Colonne qui officiait, " le premier orchestre français qui a joué ma musique ". C’est le même orchestre qui a joué Adagio III le 10 mai 99, c’est à dire presque jour pour jour à la date de son cinquantième anniversaire.


Olivier Bellamy