François Narboni

Oz
pour orchestre


Comme l’œuvre que j’entrevoyais intérieurement avait un caractère inexorable et un climat oppressant, le cinéma de David Lynch n’a cessé d’occuper mon esprit pendant toute la composition de Oz : ambiances glauques et bleuâtres, lieux confinés, étouffants, personnages inquiétants et dédoublés. Ainsi, les scènes d’espionnage nocturne dans Blue Velvet, de fuite mortelle dans Sailor et Lula et, dans Lost Highway, ce plan fixe obsessionnel d’une voiture lancée en trombe sur l’autoroute, auquel la pulsation ininterrompu, qui parcourt Oz d’un bout à l’autre, fait écho.
Mais, chez Lynch, le jeu avec la souffrance et la mort est à tel point stylisé que, à la lisière ultime de la métaphysique et du kitsch, il finit toujours par atteindre à une forme d’ironie supérieure libératrice que j’ai aussi parfois tenté de traduire musicalement.
Le titre, Oz, ne renvoie pas directement à un film de David Lynch, mais à The wizard of Oz de Vincente Minelli dont Lynch, dans Sailor et Lula, a fait une transposition contemporaine de la plus extrême noirceur.
Musique de film virtuelle pour des images de la cruauté, Oz est construit selon un principe de montage cinématographique. En même temps, animée par une narration sous-jacente qui lui assure son caractère dramatique et sa directionnalité, l’œuvre plonge ses racines dans la tradition plus lointaine de la musique à programme et du poème symphonique.


François Narboni
textes