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Grand Prix Lycéen des Compositeurs : ce qu'ils en pensent...
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Au moment où les lycéens s’apprêtent à choisir leur lauréat parmi les six compositeurs retenus cette année, musique nouvelle en liberté propose quatre points de vue sur cette manifestation : celui d’un compositeur dont les œuvres ont été sélectionnées lors de plusieurs éditions, Kaija Saariaho ; celui d’un professeur dont l’établissement est engagé depuis de nombreuses années dans cette action pédagogique, Emmanuel Thiry, du lycée Jeanne-d’Arc de Rouen ; celui du lauréat 2012, Philippe Hersant, qui présentera sa nouvelle œuvre à mille deux cents lycéens ; enfin celui de Xavier Delette, directeur du Conservatoire à rayonnement régional de Paris, qui l’interprétera à la tête de l’Orchestre des jeunes, le 22 mars, au Théâtre du Châtelet à Paris.
Kaija Saariaho, compositeur
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© Priska Ketterer Luzern
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Que représente pour vous le Grand Prix Lycéen des Compositeurs ? C’est un projet que je soutiens. Seul un travail pédagogique peut briser les préjugés et le manque de curiosité et d’intérêt. Les écoles nous permettent de toucher les futurs publics, le plus largement possible. Je suis heureuse de faire partie des compositeurs sélectionnés cette année, mais le plus important demeure le projet lui-même, et non que les jeunes écoutent ma musique en particulier.
Comment abordez-vous les rencontres avec les élèves ? Etre en contact avec les jeunes fait partie de mon métier, même si ces rencontres sont difficiles à organiser. C’est souvent à contrecœur que je quitte la table de travail, mais une fois sur place, je suis toujours contente d’être là. J’aime discuter avec les jeunes, et plutôt qu’une conférence, je les encourage à me poser des questions pour initier l’échange : il faut briser la glace, susciter leur curiosité, montrer que “compositeur” est un métier comme les autres, ou presque ! Je parle donc des aspects concrets de mon travail, des premières idées pour une pièce et de leur évolution au cours du travail. Tout cela très simplement. Je leur demande aussi si certains composent, et je les fais parler de leurs propres idées.
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Comment ces rencontres vous nourrissent-elles ? Chaque rencontre est différente, chaque école a son ambiance. Les professeurs jouent un rôle clef. Parfois j’ai des discussions passionnantes, et parfois je sors complètement épuisée, faute d’avoir réussi à créer un contact. On se rend compte combien les préjugés et malentendus ont la vie dure, et combien il est difficile de faire aimer la musique contemporaine.
Quand on va dans un pays sans en connaître la langue, s’étonne-t-on de ne pas tout comprendre ? La musique n’est certes pas une langue qu’il faut étudier pour y prendre plaisir, mais il faut quand même se familiariser avec elle pour l’apprécier. Je me pose toujours beaucoup de questions après ces rencontres !
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Emmanuel Thiry, professeur
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 © DR
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Qu’est-ce qui vous séduit dans le Grand Prix Lycéen des Compositeurs ? J’ai toujours été un ardent défenseur de la musique d’aujourd’hui, sous toutes ses formes : j’ai joué au sein de l’ensemble 2e2m, suivi les cours d’analyse de Claude Ballif au Conservatoire de Paris, pratiqué le rock et le jazz. Le Prix me donne la possibilité de faire écouter des musiques écrites par des compositeurs d’aujourd’hui, tout en les mettant en perspective avec les classiques de la musique du 20e siècle que nous abordons dans les programmes. Les élèves sont motivés par le projet, car on leur donne la parole.
Comment approchez-vous la musique contemporaine dans votre enseignement ? J’essaie de relier l’écoute à la pratique. Par exemple, j’aborde le sérialisme en leur faisant d’abord composer une petite œuvre dodécaphonique pour les instruments de la classe. Ensuite seulement nous travaillons sur l’Ecole de Vienne. Résultat, les idées préconçues n’ont plus lieu d’exister.
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Comment abordez-vous chaque œuvre en compétition ? Nous les écoutons toutes une fois, sans support visuel ou autre. Je préfère dans un premier temps ne donner que très peu d’information sur les circonstances de composition. Chaque lycéen doit ensuite donner un avis, tandis que l’un d’eux note tout en vrac. Nous faisons ensuite une deuxième écoute des œuvres à la suite, qui débouche sur le vote.
Comment préparez-vous les éventuelles rencontres avec les compositeurs ? C’est variable, les élèves préparent au moins une série de questions. Lorsque Thierry Machuel est venu, ils lui ont fait la surprise de composer une petite pièce vocale sur une des Paroles contre l’oubli, dont ils n’avaient pas entendu la version de Machuel pour ne pas être influencés.
Quelles sont les réactions de vos élèves face aux compositeurs qu’ils rencontrent ? Ils sont en général intéressés, mais peuvent être assez critiques avec ceux qui n’ont pas l’habitude de s’adresser à des groupes de jeunes ou ceux qui seraient trop imbus de leur personne.
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Fantaisies sur le nom de Sacher de Philippe Hersant
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Voilà une œuvre en chantier depuis des années ! Créée en 2008, la première version pour trio à cordes ne comprenait que six Fantaisies. J’en ai ajouté deux l’année suivante, puis un instrument supplémentaire (le second violon).
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 © Igor Stefan
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Pour le Grand Prix Lycéen des Compositeurs, enfin, j’en ai imaginé une version pour orchestre à cordes. L’enjeu de départ était d’écrire une série de pièces aussi différentes que possible, à partir d’un matériau aussi restreint que possible. Ce matériau commun consiste en un petit motif de six notes, qui correspondent (dans la notation germanique) aux lettres du nom de Sacher (avec quelques entorses) : S (mi bémol) – A (la) – C (do) – H (si) – E (mi) – R (ré). Ce motif a déjà été utilisé par plusieurs compositeurs (dont Dutilleux, Boulez et Britten) dans leurs hommages à Paul Sacher, grand mécène et chef d’orchestre. Unies par l’omniprésence de ces six notes, les huit Fantaisies offrent de forts contrastes de caractère et de style : atmosphère raréfiée “à la Chostakovitch” pour la première, suspendue dans l’aigu ; ton sarcastique et obsessionnel dans la deuxième ; ambiance dramatique et tendue dans la quatrième… Deux autres mettent en avant des voix solistes : l’alto (lyrique) dans la troisième et le violoncelle (rageur) dans la septième. Quelques citations émaillent le discours : ainsi la troisième Fantaisie fait-elle entendre une version déformée d’un passage du Quatuor n° 13 de Beethoven, et la sixième réunit des motifs empruntés à Mahler (Symphonie n° 4), Stravinsky (Symphonie de Psaumes) et Chostakovitch. Une petite chanson enfantine, faussement naïve, clôt le cycle.
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Bien que fidèle à la version pour quatuor, l’amplification instrumentale de cette version pour orchestre à cordes m’a permis de jouer sur les textures et les sonorités ; j’ai imaginé de nouveaux contrechants et accusé les contrastes entre soli et tutti – donnant à certaines pièces une allure concertante.
Philippe Hersant
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Xavier Delette, directeur du CRR de Paris
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 © DR
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Depuis quand vous impliquez-vous dans le Grand Prix Lycéen des Compositeurs ?
Je connais le Grand Prix depuis un moment. J’ai même eu l’honneur de le recevoir moi-même — pour l’interprétation des Cantates de Nicolas Bacri, distinguées en 2005 —, et je le suis fidèlement depuis. Quand j’étais en poste aux conservatoires de Bayonne et de Pau, j’entretenais des liens étroits avec les lycées participants de la région. Cette année, non seulement j’ai eu l’honneur d’être dans le comité de sélection, mais c’est sous ma direction que l’Orchestre des jeunes du Conservatoire, encadré par le Quatuor Hermès, créera au Châtelet les Fantaisies sur le nom de Sacher de Philippe Hersant, commandées suite au prix qu’il a remporté l’an dernier.
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Je suis l’œuvre de Philippe Hersant depuis longtemps. Sa musique me passionne car l’émotion immédiate de la première écoute est infailliblement suivie d’une autre, plus profonde, qui naît au cours du travail et vient de la finesse de l’écriture. Pour les jeunes, c’est un formidable challenge, même si leur programme est déjà en partie tourné vers le contemporain.
Si le lauréat 2012 n’avait pas été Philippe Hersant, vous seriez-vous impliqué pareillement ? Oui. Sauf si le discours musical ne m’avait pas plu. Ou s’il n’avait rien apporté du point de vue pédagogique.
Quel regard portez-vous sur l’enseignement de la musique contemporaine en France ? Nous sommes encore trop timides vis-à-vis des compositeurs, pourtant toujours enthousiastes pour échanger avec les jeunes. Même Pierre Boulez a accepté plusieurs fois mes invitations ! En région, je privilégiais le système des résidences. Au CRR de Paris, nous avons monté un Atelier contemporain, animé par Suzanne Giraud, compositrice et professeur au Conservatoire. Ce sont des journées entières passées en compagnie d’un compositeur — la profondeur du discours est stupéfiante et les élèves veulent toujours aller plus loin.
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PROPOS RECUEILLIS PAR JÉRÉMIE SZPIRGLAS
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Karol Beffa, compositeur de l'année aux Victoires de la Musique
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Karol Beffa a été désigné "compositeur de l'année" dans le palmarès des Victoires de la Musique classique pour son second concerto pour piano, La Vie antérieure, créé le 8 novembre 2012 à Paris par Andreas Haefliger au piano et l'Orchestre de Paris placés sous la direction de Paavo Järvi. Cette évocation musicale de l'univers poétique de Baudelaire a été reprise dans la cadre de la tournée que l'Orchestre de Paris a effectué en Suisse (Lucerne, Berne, Zurich et Genève).
De toute évidence, Karol Beffa est fasciné par Charles Baudelaire. Après Le Port, mélodie composée en 1998, Paradis artificiels, œuvre symphonique créée par l’Orchestre national du Capitole de Toulouse en 2007, il dévoile aujourd’hui son concerto pour piano La Vie antérieure. « Baudelaire est un poète très raffiné, aux images vigoureuses, qui reste en même temps accessible à un large public », s’émerveille le compositeur. La relation entre mon Concerto et le poème extrait des Fleurs du mal ? En premier lieu, l’idée de réminiscence, de travail sur la mémoire. Le matériau musical est répété à l’identique, ou modifié. La partition comporte trois parties enchaînées. La première, modérée, est fondée sur un thème unique qui se transforme par dilatation ou contraction. La deuxième se caractérise par son tempo rapide et ses rythmes déhanchés, rappelant certaines musiques latino-américaines. Le dernier épisode, lent et méditatif, évoque les « vastes portiques » du poème de Baudelaire et constitue le bilan de qui ce a été entendu auparavant. Les éléments thématiques sont métamorphosés et ralentis ; un carillon fantomatique se désagrège peu à peu en montant dans le registre aigu du piano. La Vie antérieure s’achève dans un climat consolateur, inspiré ici par la magnifique sonorité et le jeu caressant d’Andreas Haefliger.
* commande de musique nouvelle en liberté-ville de Paris
Création…
jeudi 8 novembre 2012 - 20h00 Paris, Salle Pleyel
Andreas Haefliger, piano Orchestre de Paris direction Paavo Järvi
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 © Amélie Tcherniak
Karol Beffa, né en 1973, mène parallèlement études générales et études musicales. Entré au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris en 1988, il y obtient huit premiers Prix (harmonie, contrepoint, fugue, musique du XXe siècle, orchestration, analyse, accompagnement vocal, improvisation au piano). Agrégé d'éducation musicale, il soutient sa thèse de doctorat sur les Études pour piano de György Ligeti. Après avoir enseigné à l'Université Paris IV-Sorbonne puis à l'École Polytechnique il est, depuis 2004, Maître de conférence à l'École Normale Supérieure (Ulm).
Pianiste, Karol Beffa se produit en concert tant en soliste qu’en accompagnant des lectures de textes et des films muets. Il donne régulièrement des concerts d'improvisation sur des thèmes suggérés par le public, performance qu'il est un des seuls pianistes à proposer en Europe.
Compositeur, ses œuvres ont été jouées en France, en Allemagne, en Italie, en Grande-Bretagne mais aussi en Russie, aux États-Unis et au Japon par des ensembles célèbres et par les plus grands orchestres. Il a bénéficié de nombreuses commandes et a été sélectionné pour représenter la France en 2000 à la Biennale internationale des Jeunes Artistes de Turin. Plus jeune compositeur français programmé au festival Présences en 2002, il est le premier compositeur à bénéficier d’une commande financée par une souscription lancée auprès du public et créée par l'Orchestre de Pau, sous la direction de Fayçal Karoui. Il est aussi l'auteur d'une quinzaine de musiques de films, et de deux musiques de scène. À l'été 2010, son opéra d'après Le Château de Kafka a été donné une quinzaine de fois en France, Bulgarie, Roumanie et Hongrie. Son ballet Corps et Âmes, sur une chorégraphie de Julien Lestel, sera donné six fois au cours de l'année 2011. En 2012, il a écrit deux contes musicaux pour orchestre : l'un d'après L'Œil du loup, de Daniel Pennac (Théâtre du Châtelet, Ensemble Orchestral de Paris), l'autre d'après L'Esprit de l'érable rouge de Minh Tran Huy (Salle Pleyel, Orchestre National d'Ile-de-France). Son deuxième concerto pour piano, La vie antérieure, commande de musique nouvelle en liberté-ville de Paris, sera créé salle Pleyel par l'Orchestre de Paris et Andreas Haefliger. L'année 2013 verra la création de son deuxième opéra d'après Amerika de Kafka.
Karol Beffa occupe pour l'année 2012-2013 la prestigieuse chaire de création artistique du Collège de France et succède ainsi, côté musique, à Pascal Dusapin ou encore Pierre-Laurent Aimard. Il est Chevalier des Arts et Lettres et Chevalier de l'Ordre du Mérite.
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